La rhétorique pour changer le futur?

« Les travaux d’écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l’intelligence. Que ce soit orthographe, vers ou calcul, il s’agit d’apprendre à vouloir » exprimait le philosophe Alain dans ses Propos.

A l’heure des débats sur la gestion de nos écoles pendant la pandémie Covid-19, la question se pose du maintien des examens de fin d’année. Le Département de l’Instruction Publique (DIP) de Genève a fait le choix de renoncer à ces examens. Ses soutiens prônent des élèves concernés par des problématiques d’actualité : la défense des droits des femmes, les réformes environnementales demandées pour assurer un avenir meilleur, combats assortis de marches et manifestations qui avaient déjà libéré les élèves de plusieurs journées de cours. Ces mouvements seraient les preuves d’esprits critiques bien développés et concernés par des sujets plus importants que ceux enseignés en classe.

La question que je me pose aujourd’hui est de savoir si le DIP, ses défenseurs et ces élèves révolutionnaires ont conscience de l’importance que l’éducation peut représenter. L’avenir est une problématique certes importante. L’urgence climatique est avérée et il est nécessaire que la jeunesse puisse s’exprimer à ce sujet. Mais le problème n’est pas là. Les préoccupations des jeunes sont entièrement tournées vers le futur, en oubliant totalement le passé.

Or, c’est en apprenant et comprenant ce qui s’est passé avant notre existence, que nous avons les moyens de raisonner pour éviter des erreurs déjà commises et que nous pouvons apprendre à devenir meilleurs. Platon, Aristote, Ronsard, Du Bellay, Galilée, Newton, Descartes, Corneille, Molière, Voltaire, Rousseau, Hugo, Balzac, Proust, Sartre. Il y a moins d’un siècle, ces philosophes, auteurs, scientifiques étaient à la base de toute éducation classique. Aujourd’hui, bien que la plupart de ces noms restent connus, combien d’écoliers ont-ils réellement lu un écrit de ces illustres génies ? L’étude des textes de ces personnages permet de former les esprits à la raison. Et c’est grâce à la raison et à l’expérience qu’il sera possible de construire un avenir meilleur, et non grâce aux émotions.

Le DIP rendrait service à ses jeunes générations en leurs apprenant à raisonner, à argumenter, afin de se faire comprendre par leurs aînés, qui aujourd’hui n’entendent que des plaintes sentimentales. Jusqu’au XIXe siècle, l’enseignement dispensait des progymnasmatas, des exercices de rhétoriques qui avaient pour but de former les étudiants aux discours et débats. Un discours enrichi de citations, de figures de styles, de métaphores et de comparaisons pourrait atteindre l’objectif, faire changer les mentalités et ainsi tendre vers les buts souhaités. Aldous Huxley, dans le Meilleur des mondes, affirmait : « Les mots peuvent ressembler aux rayons X. Si l’on s’en sert convenablement, ils transpercent n’importe quoi ».

Apprendre aux jeunes à connaitre le passé, à développer un esprit critique, à s’exprimer avec une structure et des arguments seraient les axes que le DIP devrait privilégier dans son programme, s’il souhaite aider ses étudiants à pouvoir prendre les rênes de leur avenir et l’orienter vers un monde meilleur.

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