Le taux de représentation de notre démocratie

En pleine crise sanitaire causée par le Covid-19, une partie du peuple genevois s’est rendue dans les urnes pour élire ses représentants au Conseil administratif. Une partie seulement. Certaines communes n’ont pas eu besoin de second tour. Et pour les autres, le pouvoir exécutif n’a pas semblé intéresser grandement leur population. Le taux de participation s’est élevé, ce dimanche 5 avril, à seulement 29,12%.

Pourquoi un tel désintérêt de la population pour élire ses représentants ? Il est coutume que le 2ème tour intéresse toujours moins que la 1ère votation (qui n’a toutefois mobilisé cette fois que 35,71% de la population, s’étant déroulée pourtant juste avant le confinement). Les élections des représentants politiques cantonaux et nationaux ne font guère mieux, le taux de participation se trouve toujours en dessous des 40% de participation. Est-il alors juste d’estimer que nos parlements et gouvernements sont une représentation du peuple ?

La raison souvent évoquée est la perte de confiance d’une partie du peuple dans ses institutions. Plusieurs explications peuvent être soulevées : La première relève des aspects personnels souvent identifés par les médias ou les politiciens eux-mêmes : brouilles inter ou intra-partis, divisions d’un parti et/ou autres affaires personnelles. La deuxième est le reproche fait parfois sur le manque d’anticipation des volontés du peuple : l’écologie en est l’exemple le plus frappant, il y a 2 ans, peu en dehors des plus jeunes se préoccupaient du réchauffement climatique ou de la destruction des forêts, alors qu’aujourd’hui toutes les générations s’accordent à demander des mesures rapides pour préserver les ressources naturelles de la planète. Par ailleurs, il est parfois difficile de réellement comprendre les enjeux derrière la politique : qu’apporte-t-elle ? Les politiciens défendent-ils réellement les intérêts du peuple et pas simplement les leurs ? Il est compliqué de pouvoir y répondre, faute de pouvoir verbaliser clairement quels sont les intérêts de la population.

Alors est-ce que le faible taux de participation serait le signe d’un désintérêt d’une partie des Genevois pour ses institutions ? Probablement pas. Le taux de participation pour les objets législatifs est bien plus important, puisqu’en moyenne 47% de la population genevoise prend part aux votations fédérales, taux se trouvant au-dessus de la moyenne nationale. Les Genevois s’intéressent donc activement à la politique et clairement aux thèmes qu’elle défend. Le désamour semble donc propre aux représentants politiques.

Le rôle de l’Etat est décisif. En pleine crise sanitaire, nous pouvons en comprendre l’importance, car c’est vers l’Etat qu’indépendants et salariés se tournent pour trouver un espoir de sortir du confinement sans trop de dégâts. C’est vers l’Etat encore que les patients se tournent pour espérer survivre à l’épidémie. C’est à l’Etat finalement que le particulier obéit, en respectant ses recommandations et en restant chez soi pour éviter la propagation du virus.

Mais l’Etat n’est pas une entité propre. L’Etat vit et fonctionne avec des personnes humaines. Les impulsions sont en grande partie données par les politiciens qui le constituent. D’où l’importance d’élire des personnes représentant la population de l’Etat. Car s’il n’est dirigé que par une minorité de cette population, celle qui choisit de s’exprimer, une autre se retrouvera frustrée et ne pourra s’en prendre qu’à elle-même. A Genève, notre Etat est important, et bénéficie de moyens financiers conséquents. Chaque année, cet Etat crée proportionnellement plus de postes que ne croît la population. Et cette croissance a un coût. Ces dernières années, le peuple genevois, par son Parlement, son Gouvernement, mais aussi par le résultat de ses votations, a fait le choix de la cigale et la question se pose : allons-nous le payer ces prochains mois, ces prochaines années, avec la crise inédite qui survient aujourd’hui ? N’oublions jamais que l’argent qui permet de financer ce type de dépense ne sort pas d’un puit sans fond. Il faut le gérer avec sagesse et justesse.

Trouver ce fragile équilibre est un exercice difficile. Il demande également d’être prudent. L’exemple que la Confédération a donné est parlant : ces dernières années, la Confédération a opéré un bénéfice de ses exercices annuels. Une partie de son Parlement lui demandait de distribuer ce dividende directement à la population, sous forme de prestations. Le Conseil fédéral n’a pas écouté et préféré adopter une stratégie plus conservatrice. Aujourd’hui, face à une crise économique sans précédent depuis la 2ème guerre mondiale, le Conseil fédéral a choisi d’utiliser ces économies pour venir en aide à ses citoyens. Que l’on approuve ou non, cette stratégie est payante. Le rôle de la Confédération est avalisé et son importance, avérée.

On comprends donc le poids et les conséquences des décisions résultant du choix de personnes élues pour représenter le peuple. En cette période de crise, il est essentiel aujourd’hui que les politiciens, avec l’aide des médias, saisissent cette opportunité pour renforcer leur image. Tant que les distorsions inter-politiciens continueront à faire couler l’encre des médias et des réseaux sociaux, le message sera dilué par des futilités et la confiance des électeurs perdue. Ces temps de confinement appellent à la solidarité. Il convient de mettre à profit ce moment et en profiter pour réfléchir, proposer des solutions d’aide à l’entier de la population, accompagnées de mesures sociales et économiques fortes. Les politiciens élus ont une marge de manœuvre importante. En collaborant ensemble, pour trouver des mesures satisfaisantes, sans pour autant cesser toute activité, ce qui conduirait immanquablement à une perte financière trop lourde à supporter pour le canton. En se comportant de façon responsable et exemplaire, les institutions politiques pourront peut-être regagner la confiance et l’intérêt des Genevois. En redonnant à la population l’envie de participer en nombre, aux choix qui nous concernent tous, les politiciens n’en sortiront que gagnants. Il en va de la bonne santé de notre démocratie.

Commentaires

  • L'indifférence d'une part grandissante de la population au monde politique a de multiples causes. L'une d'entre elles est la déconnection, due en partie à de l'ignorance par manque d'éducation civique et en partie à de la paresse intellectuelle dont je ne me permettrai pas de tenter un historique prétentieux, déconnection donc des classes dirigeantes et de la population. Les longues carrières politiques, les fiefs électoraux, le clientélisme, tout le folklore sclérosé des élections et votations ont peu à peu réduit l'image de la politique a un jeu d'initiés, une partie de poker menteur.

    Trois modifications du train-train politique helvétique sont les seules qui me redonneront envie de participer à nouveau pleinement à cette structure de base d'une vie libre et démocratique.

    Primo :

    Mise sur la place publique, à disposition de tous, de l'intégralité des financements des partis et des scrutins.

    Sans la moindre tentative de perpétuer ce grotesque jeu de cache-cache, indigne d'une nation qui se veut civilisée, par des amendements dilatoires.

    Secundo :

    Obligation permanente de participer aux élections et votations. A l'échelle des communes, des cantons et de la Confédération.

    Il est absurde d'obliger toute la population à payer des impôts sans lui permettre de comprendre que l'utilisation de ces impôts dépend de ses choix aux votations et aux élections.

    Tertio :

    Si lors d'une élection ou d'une votation, plus de 50% des bulletins sont blancs et nuls, alors on remet la compresse en cherchant à comprendre le pourquoi de cette désaffection momentanée.

    Jusqu'à obtenir des participations dignes d'une institution démocratique par des efforts renouvellés d'explication, d'échange et de présentation à la portée de toutes et tous.

    Plus que jamais, l'imagination au pouvoir pour avoir l'ordre sans le pouvoir. Sinon rien, la routine, injustice pour tous.

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