• La dette de Genève est notre avenir?

    Ce début d’année 2019 est décidément riche en débats et enjeux majeurs pour notre avenir : les jeunes manifestent pour l’écologie, la gauche et la droite récoltent des signatures pour permettre au peuple de se prononcer sur la recapitalisation de la caisse de retraite de la fonction publique, le budget 2019 du Conseil d’Etat a été accepté par une majorité de gauche du Grand Conseil, la réforme fiscale des entreprises a également été accepté par une majorité du Grand Conseil, résultat, fait rare, d’un compromis trouvé entre la droite et une partie de la gauche.

    Les articles sur ces sujets étant nombreux, il est parfois difficile de garder le fil. C’est peut-être ce qui explique que le lien ne soit pas fait sur un fait préoccupant : beaucoup de ces projets risquent de creuser dramatiquement la dette du canton de Genève. Pour rappel, cette dette s’élevait fin 2017 à 12,4 milliards. Les prestations offertes à la fonction publique aujourd’hui ne permettront pas à la jeune génération de bénéficier des mêmes avantages que leurs aînés dans deux décennies.

    En effet, si on s’intéresse de plus près à ces projets : la caisse de retraite des fonctionnaires (dit CPEG), n’arrivant plus à assurer un taux de couverture suffisant à ses assurés, doit encore une fois être renflouée si elle souhaite respecter les règles fixées par la Confédération, qui exigent un taux de couverture de 60% minimum en 2020 et un taux de 75% en 2030. Un scénario qui se répète, car en 2014, un premier plan de recapitalisation avait été accepté par le peuple, prévoyant le versement d’un montant total de 6,4 milliards sur 40 ans. Le problème demeure : en remettant à flot un bateau qui prend l’eau sans chercher la source de la fuite, il a de fortes chances de couler une nouvelle fois. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé, puisqu’il faut aujourd’hui refinancer la CPEG. La gauche et les syndicats nous demandent d’ailleurs de répéter la même erreur, puisqu’ils ne veulent en rien modifier la structure de la caisse. Leur stratégie pour conserver leurs acquis : donner des terrains dans la zone du PAV à la CPEG afin qu’elle développe des logements sociaux, aux rendements très bas. L’intention est louable, mais quand cet argent est censé renflouer justement la caisse pour assurer le taux de couverture, on peine à comprendre la stratégie.

    Autre stratégie, même logique : le budget voté en décembre 2018 par une majorité de gauche du Grand Conseil. L’historique de ce budget remonte à septembre 2018, lorsque le Conseil d’Etat annonce une rentrée d’argent inattendue et pourrait alors s’assurer un budget bénéficiaire de 200 millions de francs. Le bénéfice étant néanmoins considéré comme trop important : le gouvernement décide alors de renoncer aux mesures d’économie en lien avec les charges de la fonction publique, et consent de plus à des dépenses de charges non prévues. Résultat : le bénéfice ne sera « que » de 27,8 millions de francs ! Dans de telles conditions, notre dette à tous mettra du temps à se réduire.

    Après neuf mois passés désormais à siéger au Grand Conseil, en lisant la presse plus attentivement, en écoutant le discours des politiciens de gauche, qui requièrent toujours plus de mesures sociales, plus d’augmentations d’impôts, plus de solidarité, je tire aujourd’hui un constat qui me rappelle un conte que me racontait ma grand-mère : un roi décède et lègue à ses deux fils deux royaumes, ainsi qu’une somme d’argent équivalente pour la gestion des terres et de leurs populations. Le premier fils prit la décision de ne jamais rien refuser à son peuple : pendant 1 an, toutes les demandes furent accordées : routes, écoles, ouvertures de bars et restaurants, constructions de maisons. Au bout de l’année écoulée, les coffres se retrouvèrent vidés. Et le peuple ne put plus rien recevoir. Vint le temps de la famine, de la maladie et de la désertion de ceux qui pouvaient partir. Le second fils décida d’adopter la stratégie inverse : il refusa presque tous les projets : n’accepta qu’avec parcimonie, en fonction des projets les plus urgents, avec une stratégie de développement à long terme. Les années passèrent, et le royaume du second fils prospéra, et ne manqua de rien. Au final, le roi le plus aimé fut celui qui sut dire non d’abord, pour pouvoir accorder plus tard.

    Il est important de se soucier des personnes en situation plus précaire, mais aujourd’hui, il n’est pas possible de satisfaire tout le monde, comme si nos ressources financières étaient illimitées. Il est important que les élus, les personnes engagées dans la vie citoyenne, et l’Etat comprennent que ce n’est qu’en ayant une réelle vision pour notre Canton, et une stratégie d’investissements à long terme que l’on permettra de pérenniser la bonne santé financière de notre canton. C’est notre avenir qui est en jeu, et celui de nos enfants. Il faut enfin commencer à apprendre que l’argent a un prix.